“Les abeilles ont retrouvé une liberté inattendue” – interview de Catherine Flurin

de | 25 mai 2020

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Depuis 1976, Catherine Flurin est une bergère des abeilles. Passionnée par l’apiculture naturelle et l’apithérapie, elle est aussi la fondatrice de l’entreprise bio Ballot-Flurin. Alors que la crise du covid-19 nous interroge sur notre rapport à l’environnement, nous souhaitions connaître l’impact du confinement sur les abeilles. 

Catherine Flurin, fondatrice de Ballot-Flurin.

Bio Linéaires : D’où vient votre passion pour les abeilles ?
Catherine Flurin : A l’âge de 10 ans, j’ai participé à la cueillette d’un essaim dans le jardin familial à Cauterets, une station thermale des Pyrénées. Les abeilles m’ont alors profondément touchée. J’ai su dès ce moment que j’aiderai le monde à écouter la nature. Si les abeilles peuvent piquer pour se défendre, elles sont aussi un vénérable petit peuple très ancien qui nous accompagne et nous guide pour celle ou celui qui sait écouter. Elles nous enseignent comment créer de l’or sans détruire tout en créant de la fécondité sur terre. J’ai consacré depuis ma vie entière à valoriser leur message et leurs trésors naturels : miel, propolis… à travers des actions concrètes bénéfiques aussi pour les humains. 

BL : Il y a 45 ans, peu de personnes envisageaient l’importance des abeilles, aujourd’hui nous connaissons tous leur rôle dans l’écologie. Est-ce du hasard ou une véritable intuition si vous l’avez compris en tant qu’enfant ?
C. F. : L’intuition ? Toutes les civilisations de la planète ont vénéré les abeilles et leurs matières apicoles comme sacrées. Elles avaient compris intuitivement que les abeilles sont connectées entre elles mais aussi avec nous pour qui sait les entendre. Elles possèdent un savoir “cosmique” qui va au-delà du simple instinct et leur permet de vivre en totale harmonie avec leur environnement. Nous réalisons grâce à elles que nous faisons partie d’un tout interconnecté et interdépendant générateur de bienfaits mutuels. Elles fabriquent des substances lumineuses qui répondent à tous leurs besoins : le miel, la propolis, le pollen les nourrissent, les immunisent, les aident à grandir, à entretenir la ruche, etc. avec des performances impressionnantes au vu de leur taille. Elles volent à 60 km à l’heure et ont une intelligence, une beauté et une présence qui émerveillent tant les scientifiques que les poètes. Elles rendent leur colonie immortelle et sur terre depuis au moins 120 millions d’années. 

BL : En 45 ans, comment avez-vous vu évoluer le regard de notre société sur la cause des abeilles ?
C.
F. : Dans les années 80, lorsque j’emmenais des visiteurs voir les abeilles, ceux-ci pensaient avant tout aux risques de piqûre. Le miel devenait un aliment de masse à bas coût, fourni en nourrissant les abeilles au sucre, par une apiculture intensive dans le même esprit que l’élevage en batterie des porcs ou des poules, sans grande considération pour les abeilles en tant qu’être vivant. Quand je parlais de sagesse des abeilles et de leur intelligence collective, on me prenait pour une « allumée». Aujourd’hui, les abeilles intéressent tout le monde, du simple particulier au scientifique : je peux proposer à d’autres « écolos – allumés », de plus en plus nombreux, de s’allonger au milieu des abeilles et de se faire butiner sur tout le corps !

Yoga des abeilles.

Leur propolis, leur pollen, leurs miels appréciés des consommateurs bio depuis longtemps, sont recherchés par tous et toutes pour leurs bienfaits sur la santé. De nombreux scientifiques publient sur les activités biologiques. Malheureusement les conditions écologiques se sont dégradées. Les abeilles sont moins nombreuses dans les ruches, même chez nous dans les Hautes-Pyrénées. Pour des raisons multiples : pollution diverse, baisse de biodiversité mellifère, ondes, agriculture intensive, etc. 

BL : Des vidéos circulent par Internet sur des dauphins ou des daims présents durant le confinement là où on ne les attend pas. En est-il de même des abeilles ?
C. F. : Oui, les abeilles aussi ont retrouvé une liberté inattendue. Les bonnes conditions climatiques et un hiver doux ont joué leur rôle, mais pas seulement. Avec l’arrêt des transports aériens, la météo est plus franche, les dépressions passent plus vite et les abeilles sortent beaucoup plus. Il faut savoir que la fumée des avions s’amoncelle en formant une glu qui les perturbe. Plus généralement, un ciel n’est jamais complètement dégagé en temps normal pour cause de pollution multiple ce qui empêche les abeilles de s’orienter correctement. Les bruits qui émanent de l’activité humaine et résonnent jusque dans les montagnes, se sont arrêtés. La pollution sonore habituelle les empêche aussi de communiquer, ce calme retrouvé leur a permis de mieux exprimer un langage constitué de danses sonores et de vibrations extrêmement subtiles. Les fleurs s’épanouissent mieux et sont plus nombreuses. Nous avons beaucoup d’essaimages et les essaims étaient calmes et sereins.

Catherine Flurin en train de cueillir un essaim pendant le confinement. Photos Ballot-Flurin

Un autre effet du confinement est l’afflux subit de commandes de propolis, de miel, de gelée royale. Une preuve de plus que, de nos jours, beaucoup sont convaincus de l’influence bénéfique des abeilles sur la santé humaine. Évidemment, il faut rester vigilant car l’agriculture intensive et ses pesticides ne se sont pas arrêtés durant le confinement ! Souhaitons que la société comprenne que ce n’est pas nous qui sauvons les abeilles, ce sont elles qui nous sauvent ! Écoutons-les et l’humanité saura quoi faire pour son avenir.

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Une réflexion au sujet de « “Les abeilles ont retrouvé une liberté inattendue” – interview de Catherine Flurin »

  1. Liaigre Geneviève

    MERCI !!!! J’aime vraiment vos produits et j’en consomme régulièrement grâce à l’approvisionnement dans la biocoop de ma ville CHOLET

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